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Et si mon enfant détransitionne !


Plusieurs parents et intervenants nous demandent (malgré la bonne volonté de vouloir soutenir un jeune transgenre) de les informer sur le risque que le jeune détransitionne. '' Le souci c'est l'âge du jeune, est-il assez mature pour prendre une décision aussi importante et lourde de conséquences pour son avenir, et s'il se trompait ? Cette inquiétude est tout à fait légitime comme parents et intervenant.e.s quand on souhaite le meilleur pour le jeune.

Si vous épluchez le Net et que vous tombez sur des articles qui en gros titre citent ''la transidentité est une anomalie''. ''La détresse de ces jeunes qui regrettent d’avoir voulu changer de sexe''. ''20% des personnes transgenres regrettent le «changement de sexe» et leur nombre augmente''. Je vous comprends d'avoir peur.

Mais, le net n'est pas toujours la meilleure source pour avoir la bonne information, notre directeur général de Trans Mauricie/Centre-du-Québec Samuel Desbiens, le répète souvent lors des formations et des démystifications. Les arguments sont souvent de la désinformation parce qu'ils ne donnent pas les vraies raisons de la détransition de la personne, et nuisent à l’accès aux soins pour les jeunes trans et non binaires qui vivent une réelle dysphorie de genre. Il est aussi prouvé que le parcours transidentitaire sauve des vies.


Permettez-moi de vous parler au nom de notre région de la Mauricie et du Centre-du-Québec, les intervenant.e.s et spécialistes de la santé trans et non-binaires qui gravitent au coeur de notre organisme chez Trans Mauricie/Centre-du-Québec sont des personnes fiables et très professionnelles. Chaque étape d'un parcours transidentitaire est expliquée et discutée avec la personne concernée, les conséquences et les risques de l'hormonothérapie et des chirurgies sont aussi évoqués pour des choix éclairés. Rien n'est laissé au hasard autant chez les jeunes trans mineurs que chez les adultes.

Il est aussi important de dire que grâce à internet et à des organismes comme Trans Mauricie/Centre-du-Québec, de nombreuses personnes transgenres ont pu enfin mettre des mots sur leurs souffrances, et peuvent désormais mettre fin à leur dysphorie de genre avec les progrès qu'offre la médecine d'aujourd'hui. Depuis plusieurs années les personnes trans et non-binaires ont fait entendre leurs voix envers les gouvernements pour avoir des droits, les lois canadiennes et québécoises ont reconnu la diversité des genres comme légitime et les protège par ces mêmes lois.


Pour ceux qui ont tendance à croire tout ce qui se dit dans la presse voici quelques chiffres tirer de l'article d'Annie Pullen Sansfaçon, Morgane A. Gelly, Françoise Susset

Les détransitions ne sont pas un argument contre les transitions datant du 5 avril 2022

La fausse banalisation de la transition Dans les articles traitant de la détransition, la transition de genre médicale est trop souvent présentée comme une option banalisée et trop facile d’accès. Pourtant, plus de la moitié des jeunes trans et non binaires ne suivent aucun traitement médical d’affirmation du genre, que ce soit par choix ou par contrainte. Selon une recherche effectuée dans 10 cliniques médicales pédiatriques d’affirmation du genre au Canada, les jeunes trans et non-binaires ont en moyenne vu 3 professionnels avant de pouvoir prendre un premier rendez-vous en clinique et attendu 269 jours entre la demande et la première rencontre. Nos entrevues auprès de jeunes qui ont détransitionnés après une transition médicale révèlent que certains ont dû aussi attendre des mois, voire des années avant d’accéder à des traitements médicaux d’affirmation de genre, ce qui ne les a pas empêchés de discontinuer leur parcours par la suite. Les rares jeunes qui avaient eu accès à des traitements hormonaux dès le premier rendez-vous étaient majeurs et se définissaient comme trans depuis plusieurs années. Nos participants ne préconisent d’ailleurs pas de diminuer ou d’empêcher l’accès aux traitements d’affirmation de genre, mais plutôt d’offrir un meilleur accompagnement pour explorer les raisons de leur décision. Ainsi, l’accès à ces traitements demeure essentiel et est loin d’être trop facile, ou utilisé par tous. De plus, notre analyse de près de 200 articles de journaux publiés à travers le monde, en anglais et en français, entre le 1er juin 2017 et le 31 décembre 2020 montre qu’on dépeint largement le corps médical comme responsable des mauvais diagnostics qui conduiraient à tort à la transition, et qu’on priorise la voix des personnes qui veulent limiter l’accès aux soins d’affirmation du genre en mettant l’accent sur « l’erreur » que représente une transition. Ces récits sont pourtant peu représentatifs. Les entrevues menées auprès des jeunes qui ont discontinué leur transition révèlent qu’ils forment un groupe hétérogène, et que leur perspective et leurs sentiments face à leur parcours évoluent dans le temps. Les transitions discontinuées ne sont pas nécessairement vécues comme des échecs, et semblent plutôt faire partie d’un processus de redéfinition du genre et de sa signification pour ces personnes. Certains de ces « détransitionneurs » prennent conscience que leur dysphorie de genre demeure présente et que le fait d’arrêter leur transition vient aussi avec des défis et des questionnements identitaires. D’autres ont déconstruit les attentes de genre et se sont tournés vers d’autres identités (non-binaire, femme non conforme dans le genre, butch, sans-genre, etc.).


Notre directeur général Samuel Desbiens, lui-même une personne trans nous confit '' prendre la décision de faire mon parcours de transition n'est pas un choix, mais bien une question de survie, si j'avais eu vraiment le choix, je ne serai surement pas trans. Je porte cette souffrance depuis l'enfance, si la vie m'avait accordé cette chance, mon parcours je l'aurais fait bien plus tôt. Cela prend plus que du courage, il faut une grosse dose de détermination et bien du caractère et de la confiance en soi pour affronter les difficultés non liées aux étapes de la transition qui sont en elles-mêmes une délivrance et euphoriques, mais plutôt liées aux vécues sociale. Si je n'avais pas eu autant de détermination et de force de caractère, des dizaines de bonnes raisons auraient suffit pour ne pas transitionner. La peur du rejet de ma famille, de ma conjointe et de mes enfants, perdre mes ami.e.s précieux, perdre mon emploi, peur du regard malveillant des autres et d'être violenté, d'être mégenré, de ne jamais être reconnu comme vraiment un homme, de devoir m'exiler dans une ville ou je serais anonyme et j'en passe. Oui, j'ai passé à travers toutes ces craintes avec la peur au ventre, j'ai collé la peinture des murs dans plusieurs lieux publics et au travail pour me faire le plus discret possible. J'ai quelques fois douté de ma réussite, j'ai pleuré, j'ai prié, je me maudissais d'être trans, j'ai voulu mourir à plusieurs reprises, je me suis noyé dans l'alcool, mais au final je suis fier aujourd'hui d'être là, bien en vie et épanoui dans toutes les sphères de ma vie grâce à mon parcours de transition. Je n'ai aucun regret. ''


Quand je termine une démystification en classe, j'ai toujours un jeune qui vient me voir, nous dit Samuel, et je prends toujours le temps nécessaire pour répondre à leur questionnement. Il vous dresse une liste des questions qui lui sont souvent posées.


'' Moi, j'aime bien mettre du maquillage et des vêtements de fille à la maison. Est-ce que je suis transgenre ? Est-ce obligé d'avoir un corps de fille pour aimer ces choses-là ? ''


Les garçons qui aiment ce qui est "féminin", qui n'ont pas de problèmes avec leur genre et leur corps, ne devraient pas se sentir obligés de faire une transition. C'est pareil pour une petite fille qui n'est pas à son aise avec les stéréotypes féminins, elle ne doit pas se soucier d'aimer ce qui est "masculin" . Oui en 2022, une fille/femme a le droit de préférer le pantalon à la jupe, de ne pas aimer le maquillage et les vernis à ongles et les cheveux longs, tout en étant une fille/femme. Oui, les garçon/hommes aujourd'hui, peuvent mettre du vernis sur leurs ongles, porter une jupe, aimer prendre soin de leur visage et porter du maquillage et ne pas se sentir moins masculins pour autant.


Si ces motifs poussent une personne vers la transition pour s'exprimer selon ses préférences, la cause n'est pas la dysphorie de genre, une réflexion s'impose, la véritable cause est le malaise avec le regard et le jugement des autres.


" Samuel, moi j'aime les garçons et je suis un garçon, mes parents disent que ce n’est pas normal d'être deux garçons amoureux, je me dis que si j'étais une fille cela serait plus facile. Penses-tu que je suis trans?


Voilà un autre exemple de l'effet néfaste de la pression sociale sur l'hétéronormativité qui pousse certains jeunes à croire que la transition est le remède à leur homosexualité.


" Ma meilleure amie a fait une transition, c'est cool, j'aimerais bien ça en faire une moi aussi"


La transidentité peut avoir l'effet d'être cool chez les jeunes. Il faut bien faire comprendre aux jeunes qu'une transition n'est pas une mode ni un jeu. Peut-être que pour ta copine ou copain la transition se passe bien, mais ce n'est pas toujours la réalité.


'' J'aimerai être un garçon parce que dans la vie, c'est plus facile d'être un garçon qu'une fille"


Une transition doit se faire parce que vous souffrez de dysphorie du genre au quotidien, mais pas dans le but d'avoir des privilèges.


Un autre phénomène peu connu deviens une solution facile pour certaines personnes. Samuel a entendu quelques témoignages de personnes qui se procurent sur le Net des hormones pour s'hormoner eux-mêmes parce que son psy ne lui accorde pas le diagnostic de dysphorie du genre. Certaines personnes ont dû faire une détransition parce qu'en voulant une progression rapide des changements du corps se sont donné des doses massives d'hormones et ont ruiné leur santé et se retrouvent avec des séquelles permanents.

L'hormonothérapie est sécuritaire lorsque bien dosée et avec un bon suivi d'un.e spécialiste de la santé.

La thérapie de conversion qui existante encore aujourd'hui au Québec, sont aussi la cause de certaines détransitions. Ces thérapies avec des pratiques douteuses pour guérir de la dysphorie du genre ou de l'homosexualité d'une personne laissent des traumatismes permanents. Aucune pression, prière ou acte sexuel forcés ne peut changer le genre d'une personne ni son attirance pour une personne du même genre.


La dysphorie de genre n'est pas la seule souffrance qu'il faut traiter pour que les personnes trans aient le bien-être. Certaines personnes témoignent qu'elles subissent au quotidien des micro-agressions transphobes.


Comme en témoigne Samuel " Ne pas être socialement et physiquement reconnu comme homme et que l'on me salue en " MADAME " ou que l'on utilise mon prénom de naissance (mégenrer) était souffrant et très agressant. Chaque fois que je devais expliquer que mes papiers d'identité ne correspondent pas à mon identité masculine m'infligeait un rappel que pour mon bien-être et ma survie, je devais faire une transition et que le chemin pour y parvenir ne serait pas facile."


Le pire, c'est quand des personnes avec qui vous avez un lien très fort d'amitié ou d'affection persistent à vous méranger, les personnes trans doivent parfois mettre de la distance pour moins souffrir, c'est le prix pour sa transition. La solitude et l'isolement ne sont pas les meilleures des solutions, car elles affectent davantage sa santé mentale qui est parfois tellement fragile. Pour cette grande étape de sa vie, les personnes trans ont besoin de leurs allié.e.s. (Famille, conjoint.e, amie.e.s, collègues de travail, patron et de la population en général) pour réussir à atteindre le bien-être.


Un fait troublant, plus de 25% des personnes transgenres témoignent d’une discrimination à l'emploi et se retrouvent au chômage. On comprend donc pourquoi, parfois elles préfèrent avoir de quoi se nourrir et se loger, quitte à rester avec le corps qui les rend malades. La transition leur apportait un bien être certain, mais sans argent et sans toit, on ne parle plus vraiment de bien-être.

La détransition peut être une solution plutôt que le suicide pour certains, mais malheureusement pour d'autres le suicide est la seule solution pour mettre fin définitivement à des souffrances qu'ils ne peuvent plus supporter. PAS D'ARGENT, PAS DE TRANSITION.


Parmi tous ces chiffres, il est important de retenir que la détransition existe. Elle concerne autant les personnes MtF que FtM. Elle est temporaire dans une majorité de cas, et est quasiment toujours lié au rejet de la famille ou de la société.Le pourcentage de détransition définitives tourne autours de 1% selon l'étude www.PRSGlobalOpen.com



Il faut bien le répéter, une personne trans en début de transition a peut-être l'idée qu'elle a besoin de se rendre jusqu'à l'hormonothérapie et à la chirurgie pour atteindre le bien-être. Mais, en cours de parcours, pour de multiples raisons certaines personnes changent d'idées et l'hormonothérapie ou les chirurgies ne sont plus une nécessité. Attention, la personne ne détransitionne pas pour autant, seulement la personne elle-même peut décidée les changements physiques qui soulage sa dysphorie de genre. Certaines personnes par exemple, vont décider de rapporter leur chirurgie à plus tard si elles en sentent le besoin. Certaines personnes découvrent qu'elles sont non-binaires/agenre ou simplement du genre fluide (personne dont le genre peut varier en fonction des jours/semaines/mois/années selon les cas).


Témoignage de Jay-Alice Denoncourt ( Montréal )

" J'ai commencé ma transition à 14 ans, j'aimais avoir un corps et un visage androgyne et je ne voulais pas que cela change. Ce n'était pas une question de préférence de genre, mais plutôt que j'aimais pouvoir avoir un passing dans les deux genres au gré de mes envies. J'ai donc pris des bloqueurs d'hormones jusqu'à mes 16 ans et par la suite pour maintenir mon corps androgyne je prends des microdoses d'hormones."


J'aimerai ajouter que le regret d'une transition ne veut pas dire que le processus de transition n'aurait pas dû être enclenché. Les détransitions ne sont pas toujours des regrets amers et que l'on doit à tout prix qu'elles n'arrivent pas. Samuel dit avoir rencontré des détransitionneurs épanouies après leur détransition, ces personnes confient que s'ils sont épanouis aujourd'hui c'est grâce au processus de transition qu'elles ont vraiment pu faire une bonne réflexion sur eux-mêmes et mieux se connaître. La détransition n'est pas toujours négatif.


Samuel le dit et le prêche partout où cela est possible de le faire, pour aider les personnes en questionnement de l'identité et de l'expression de genre et éviter les détransitions liées à l'aspect médical de la transition, c'est grâce à la formation des professionnels de santé et des services sociaux, mais pour y parvenir il faudra ajouter des modules sur les transidentités dans tous les cursus afin de mieux armer le personnel du domaine médical et du domaine des services sociaux.


Pour conclure, Samuel nous dit " je vois tous les jours les effets positifs de l'épanouissement après la transition chez notre clientèle autant adulte que mineure. Que vous soyez en questionnement de votre identité de genre ou que vous envisagiez une transition sociale et/ou médicale, un.e intervenant.e de Trans Mauricie/Centre-du-Québec vous accompagnera et vous guidera dans vos réflexions et vos besoins en références tout au long de votre parcours. Nous pouvons, si le besoin se fait sentir, rencontrer ensemble vos proches (parents, conjoint(e), employeur, intervenant.e.s qui vous soutiennent) afin de favoriser le dialogue et de mettre toutes les chances de votre côté dans votre cheminement."


Clientèle desservie

  • Adultes

  • Enfants mineurs

  • Adolescent(e)s

  • Proches d’une personne trans ou en questionnement

  • Parents d’un enfant ou d'un adulte transgenre

  • Professionnels du milieu scolaire, communautaire, médical, services sociaux ou entreprises désirant mieux comprendre les réalités trans











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