Apprendre à être soi-même

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Apprendre à être soi-même est parfois plus facile à dire qu'à faire dans une société qui a encore tout à connaître de la transidentité. Depuis 2009, je vis ma vie trans , j'ai pris ma vie en main et voici comment j'ai appris à vivre sans le jugement des autres. 

J'ai toujours eu un talent d'artiste. Est-ce que j'ai suivi des cours pour apprendre à faire de belles choses? Non! C'est naturel chez moi. Comme beaucoup d'autres choses que je peux faire de manière autodidacte, mais il y avait une chose depuis mon enfance que je ne savais pas faire '' être moi-même''.

J'ai su très tôt dans la petite enfance que j'avais un malaise de l'être, à 6 ans, bien sonner!

Dans les mots de ma génération, aucun pour exprimer  l'être timide qui habitait mon intérieur. J'ai dû apprendre à être celle que je ne suis pas.

Pour cela, il m'a bien fallu croire ce que l'on me disait '' tu es une fille '' , selon mes parents, il ne pouvait pas y avoir d'erreurs.

Jusqu'en 2009, je croyais être un garçcon, même si au fond de moi, j'ai toujours pensé que j'étais un défaut de fabrication.

Je me rappelle les paroles de mon grand-père qui disait '' les gens ont besoin de se rendre au fond du baril pour changer leur vie'' plein de sagesse ce grand homme, il avait bien raison. C'est à l'âge adulte, à 46 ans exactement, que ma vie va prendre le tournant qui changera ma vie.  Il y a eu un moment dans ma vie où je ne pouvais plus vivre dans l'interdit d'être soi et j'ai essayé de mourir pour ne plus souffrir de ma défectuosité de l'être.

C'est dans ce moment le plus difficile de ma vie que je vais décider de donner de l'espace à celui que j'ai toujours su que j'étais. Samuel casse sa coquille petit à petit pour renaître au grand jour. J'avais une petite idée, dans un coin de ma tête du modèle d'homme que je suis, mais aucune ébauche de son avenir. 

Je me rappelle mes premiers pas dans mon parcours d'affirmation de mon authentique identité de genre, l'urgence de voir un reflet réaliste de moi dans mon miroir. Je n’ai jamais autant rêvé à la lampe d'Aladin, bien trop facile, tu frottes, tu frottes et tu apparais encore mieux que dans tes pensées.

Apprendre à être, non pas seulement en tant qu'homme ou en tant que femme ou autre spectre de la non-binarité, mais être unique sans le jugement des autres. Comment fait-on cela puisque toute ma vie on m'a appris à être pour le bien de tous. Mon premier obstacle fut la peur, celle de décevoir les personnes que j'aime. J'avais l'impression que je me devais d'avoir le consentement de mon entourage bien aimé pour avoir droit au bien-vivre et au bien-être en tant que trans.

D'abord, il faut bien se le dire, personne d'autre que nous-mêmes ne peut définir notre identité de genre. Nous avons le droit d'être, pas besoin d'avoir l'approbation des autres. Ensuite, j'ai compris que je vivais mon genre masculin dans l'ombre de la femme que j'étais, depuis trop longtemps, mon but était de vivre le reste de ma vie, l'homme que je suis, depuis toujours.  Cette affirmation légitime du moi que j'ai cherché toute ma vie est sortie toute seule, comme par magie, comme le plus beau cadeau de la vie. Vous dire l'effet qu’elle a eu sur moi... 

Je venais de comprendre que j'avais le droit d'être homme et de m'épanouir comme tel. J'avais le pouvoir d'exprimer mon identité, la mienne et non celle que les normes sociales m'imposent d'affirmer. J'ai passé des années à nager sans pouvoir atteindre l'autre rive, sans savoir que je pouvais prendre le bateau pour traverser d'une rive à l'autre. Des années à faire comme tout le monde parce que c'est comme ça qu'on pense que l'on est ''normal''

J'ai toujours été très différent des autres, j'en ai payé fort le prix parce que je n'avais pas droit au même bonheur que les autres. En faite, je n'avais de place dans aucun des clans. Fille ou garçon, personne ne voulait de moi dans son environnement.

À 15 ans, alors que je ne voulais plus de ses vêtements d'imposteur, d'un seul souffle, j'ai annoncé qu’à l'entrée scolaire, si je n'avais pas des vêtements de garçon j'allais faire l'école buissonnière. Convaincre mes parents n'a pas été reçu comme une bagatelle d'adolescente, mais je crois que malgré leur crainte d'être victime d'homophobie,  ils ont cédé à mon désir se disant qu'au bout de quelques semaines de régime de maltraitance je reviendrais sur ma position et qu'il feraient de moi une ''vraie fille''.

Mettre ma photo de moi en habit

Je ne connaissais pas d'autre moyen de faire entendre ma voix, à peine si on osait prononcer le mot homosexuel du bout des lèvres, la transidentité n'était même pas encore une invention imaginaire dans la tête des gens. C'était le premier cri du coeur que je lançais dans mon besoin d'être reconnu.

 

Peu de personnes trans à la fin des années 70 savent qui ils sont, rien n'indique qu'ils ont droit de savoir qui ils sont, autrement qu'une personne atteinte de maladie mentale, mais nous savons tout ce que les autres veulent que l'on soit. Sans même qu’on s’en rende compte, chaque jour de notre vie dépend de critères sociaux qui nous enchaîne dans des deux modèles de genre à suivre pour correspondre ce à quoi la société s'attend de nous. Sinon, faut s'attendre au pire quand on est né, comme moi, hors du moule. Les gens ont le don de te renvoyer en pleine poire les choses qui font que tu es différent! 

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Faire le choix d'assumer ma masculinité à 15 ans, me plaçais dans une zone à risques, je dois dire que le message était faussé. Bon! On m'étiquetait de lesbienne condamné à l'enfer, je m'en foutais. Les gestes que je pose pour m'harmoniser avec le moi, je le faisais pour moi et j'étais prêt à me défendre de toutes mes forces, quelles qu’en soient les conséquences.

Quelques conseils pour s’affirmer sainement

  • S’exprimer avec fermeté, mais avec calme et gentillesse.

  • Même si on est en colère, ne pas choisir l’agressivité, car cela provoquera soit une contre-attaque, soit une fermeture. Rarement du respect.

  • S’affirmer ne signifie pas s’imposer, mais se positionner. Ce n’est pas rendre l’autre responsable de nos malaises, c’est s’exprimer pour être respecté de l’autre personne.

  • Ne pas reprocher, juger, culpabiliser. Les attaques provoquent des contre-attaques. Parler de votre ressenti dans la situation et de vos besoins et limites.

Pourquoi certaines personnes trans réussissent-elles mieux que d'autres à s'assumer et s'affirmer, en tant que telles, et être respecté ?